Des juifs au Moyen Âge portant la rouelle (symbole jaune)

Publié le par Kader

Contrairement aux autres croyances, les juifs ne se sont pas convertis en masse pourtant le Moyen Âge reste une époque où la conversion religieuse était l'unique moyen d'intégration.

Sous la pression, certains ont préféré se suicider.

Au Ve siècle, Jean Chrysostome, père de l'Église d'Antioche, les accusait d'être le « peuple déicide », tueur de Dieu mais comme l’âme des Juifs est perdue d’avance de toute manière, l’apparition d’une légende du Juif errant, témoin de la passion du Christ et condamné à errer jusqu'à la fin des temps.

Cette responsabilité hors de toute mesure a été abondamment relayée par les populations, et a justifié les pires folies sanguinaires. Pourtant, certains les papes n'ont jamais justifié de tels excès ni encouragé les conversions forcées. D'autres ont eu un comportement plus ambigu, suivant en cela saint Augustin qui voulait que les juifs soient l'exemple vivant de la rigueur avec laquelle Dieu traitait ses ennemis.

Par contre, leur religion permet l'usure, qui est interdite aux chrétiens (car le temps n'appartient qu'à Dieu). Ainsi « le juif » deviendra progressivement « l'usurier », et toute personne vivant dans la misère ou la précarité pourra, sa vie durant, l'associer à son malheur, et y voir la cause de sa ruine en même temps que l'incarnation du péché.

Lors des intenses persécutions menées durant la grande peste (1347-1352), les populations en panique s'imaginent que les juifs ont empoisonné les puits et autres points d'eau. Elles les massacrent, pensant ainsi se protéger.

Le concile du Latran IV (1215) proscrit tout rapport entre Juifs et chrétiens: mariages mixtes, cohabitation, convivialité. le concile recommande d'imposer aux Juifs le port de la rouelle jaune, un signe distinctif sur leurs vêtements

Mais il ne faut pas croire que les mesures du IVe Concile de Latran s’arrêtent là, puisque l’Eglise en profite pour interdire aux Juifs d’entrer dans une église ou de marcher dans la rue les jours de fêtes chrétiennes, il y aussi les interdictions de travailler le dimanche, l’obligation de construire des synagogues basses et sans décoration…

L’idée d’identifier le Juif par un signe extérieur a été reprise par Hitler qui, dès le 1er septembre 1941, impose le port de l’étoile jaune à tous les Juifs des pays occupés par les nazis. Les Juifs, dès l’âge de 6 ans, ont l’obligation de coudre sur leurs vêtements. une étoile jaune où est inscrit le mot «juif» , sur le côté gauche de la poitrine

La pression pour convertir les Juifs se renforce. Le pape instaure la prédication obligatoire dans les synagogues, souvent assurée par des Juifs convertis. C'est surtout à des convertis que les chrétiens ont recours pour affronter

les Juifs lors des disputations suscitées par l'Eglise à Paris (1240) ou Barcelone (1263) pour démontrer la supériorité du christianisme sur le judaïsme.

L'antijudaïsme se propage à l'art sacré et au théâtre qui véhicule une image du Juif de plus en plus caricaturale, incitant les chrétiens à la vengeance.

On prête aux Juifs une odeur fétide (fœtor judaicus) qui disparaît au baptême! Les Juifs sont démonisés : l'Antéchrist serait de sang juif!

On dit que les Juifs ont besoin de sang frais pour panser leurs blessures de la circoncision et leurs hémorroïdes congénitales!

On les accuse de meurtres rituels -sur un enfant masculin crucifié ou saigné à blanc-, ou de profanations contre les hosties - tel le soi-disant miracle du Saint-Sacrement dont sont victimes les Juifs du Brabant et qui se termine par le bûcher et l'expulsion.

Ces prétendus crimes rituels -le premier exemple est à Norwich (1144)- sont des variantes d'un même répertoire d'accusations antisémites formulées le plus souvent en période de Pâques; les Juifs profaneraient les hosties, qui saigneraient et démontreraient ainsi la vérité du dogme de la transsubstantiation!

Mais les communautés juives d'Europe sont peu à peu enfermées dans des ghettos (le mot «ghetto» vient du quartier où furent confinés les Juifs de Venise, en 1516).

Accusés de corrompre la religion catholique, les Juifs convertis, ou marranes (du castillan marrano, «porc»), sont persécutés par l'Inquisition. Certains d'entre eux se réfugient au Portugal, puis, chassés par les violences populaires, ils partent pour la Hollande (parmi eux, les ancêtres de Spinoza).

Les chanoines de la cathédrale de Cordoue exigent, en 1535, que l'accès au chapitre soit réservé aux personnes qui attestent de la limpieza de sangre (la pureté du sang) et n'ont aucun Juif pour ascendant.

Un exemple pendant la domination des musulmans en Espagne, les 3 monothéismes méditerranéens (Islam, Judaïsme, christianisme) avaient coexisté pacifiquement pendant plusieurs siècles, aucune église ou temple religieux chrétienne ou juif n’a été détruit..

Mais cette coexistence de plusieurs religions sur un sol désormais contrôlé par des rois chrétiens déplaît aux prélats catholiques, qui n'ont de cesse de répandre l'antisémitisme dans la populace et aussi dans les plus hautes sphères du pouvoir.

En 1391, la populace excitée par les prélats détruit les ghettos juifs de Séville, Barcelone, Valence, Tolède et d'autres centres importants.

La furie destructrice de cette année culmine en juin à Séville, où la foule, excitée par l'archidiacre Martinez, tue plus de 4000 juifs.

L’expulsion des Juifs de la péninsule ibérique s’inscrit dans la rechristianisation de celle-ci, (Reconquista) entreprise par les souverains espagnols

À mesure que le pouvoir chrétien s’affirme et que la présence musulmane indépendante se réduit au seul royaume de Grenade, les mesures de pression s’affirment sur les Juifs en terre chrétienne. Diverses mesures sont entreprises pour convertir les Juifs au christianisme, au terme de disputations telles la dispute de Barcelone et celle de Tortosa, de campagnes de prédication intensives de Vincent Ferrier ou de campagnes de conversion forcée culminant avec les baptêmes sanglants de 1391.

C’est en Andalousie, lieu de nostalgie et d’enchantement, que la civilisation arabe avait atteint son apogée. Et c’est également en Andalousie que la symbiose judéo arabe a été au zénith de sa splendeur.

Les juifs d’Espagne accueillirent les musulmans en libérateurs. A l’époque, ils vivaient des périodes difficiles sous le règne des rois wisigoth. Ils subissaient les spoliations, les conversions massives et les expulsions. La conquête musulmane va non seulement les libérer du joug de leurs oppresseurs mais va permettre à « l’histoire juive de connaître sa période la plus florissante, celle qui exerça une influence exceptionnelle sur la destinée des juifs et du judaïsme » affirme Eliyahu Ashtor.

Les musulmans n’ont essayé ni d’imposer leur religion par la coercition aux peuples soumis à leur pouvoir ni de s’immiscer dans leurs vies privées. Chacun pouvait pratiquer librement sa religion et conserver ses lieux de culte. Ceci recommandés dans les prescriptions coraniques mêmes

« Il ne doit pas y avoir de contrainte en matière de foi » ,

« Vous avez votre religion et j’ai la mienne » .

Ils (les musulmans) sont équitables, ne nous font aucun tort et ne se livrent à aucun acte de violence envers nous » écrit le patriarche de Jérusalem à celui de Constantinople au IXe siècle.

Pendant que les juifs Andalous menaient une vie libre, raffinée et savante, leurs coreligionnaires dans les autres contrées de l’Europe subissaient des mesures antijuives draconiennes

Tantôt accusés de tuer des enfants chrétiens, tantôt mis responsables de l’expansion de la lèpre ou de la peste ; ils furent traqués, humiliés et finirent, dès la seconde moitié du XIVème siècle, isolés dans des quartiers séparés qu’on allait appeler par la suite « ghettos ».

Il faut « restreindre les excès des juifs afin qu’ils ne lèvent plus la tête, sur laquelle pèse le joug de l’esclavage perpétuel [...] Ils doivent se reconnaître comme les esclaves de ceux que la mort du Christ a libéré alors qu’elle asservissait les juifs » écrit le pape Innocent III.

 

 

 

 

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