La traduction du Texte Coranique !

Publié le par Kader

Le Saint Coran demeure incontestablement le texte arabe le plus difficile à traduire compte tenu de son caractère d’Impeccabilité et inimitabilité. Oeuvre d’une extrême finesse et complexité, elle recèle des propriétés lexicales morphosyntaxiques et même phonologiques qui ne sont nullement l’effet du hasard. Il se caractérise à la fois d’une simplicité des mots et d’une complexité du flux verbal.

C'est ainsi que Labid, un grand poète arabe antéislamique, quoique idolâtre, fut saisi et s'avoua vaincu ; il dit : « De mes vers, je n'ai plus aucune souvenance, car ma mémoire toute entière a été absorbé par les versets du Livre révélé »

Il continuera à écrire des poèmes, mais au service de la foi. Omar, compagnon du Prophète, se convertira, lui aussi, sous l'effet des versets, ces signes miraculeux, tandis que Walid Ben Mugheria qui incarnait l'orgueil littéraire de son époque, exprimait ainsi son opinion sur le « sortilège du Coran » :

« Ce que j'en pense ? disait-il à Abou Djehl qui l'interrogeait, je pense que rien ne lui ressemble…

il est quelque chose de trop élevé pour être atteint » (Malek Bennabi

C’est ainsi que, par sa simplicité et sa clarté extrême, le vocabulaire coranique ménage chez tout lecteur du Coran un effet majeur qui, comme le constate très correctement J.Berque (p. 734),

Certaines catégories grammaticales peuvent poser des problèmes aux traducteurs surtout si elles sont absentes dans la langue cible C’est le cas, par exemple, de la particule de négation et des conjonctions wa et fa.

L’on peut imaginer la perplexité du lecteur francophone devant les deux traductions suivantes du verset 16 de la Sourate 84:

fa lâ ’uqsimu bi l-chafaq

Donc non je jure par le crépuscule du soir !

Montet traduit par

« Je ne jurerai pas par le crépuscule »,

Tout en ajoutant dans une note explicative en bas de la page: « Il est inutile de jurer tant la chose est certaine ».

La traduction de la PGDRSI s’en tient au mot à mot, puisque lâ est traduit par « non »:

« Non!... Je jure par le crépuscule ».

Il va sans dire que les deux traductions fournissent des informations tout à fait contradictoires! Le cas échéant, ne serait-il pas plus prudent d’ignorer complètement l’existence de cette particule problématique, plutôt que de la traduire de façon erronée!

Tel fut le choix de Noureddine Ben Mahmoud qui se contente de traduire le verset comme suit:

« Je jure par le crépuscule ».

Quant à Berque, il a traduit la particule par une interjection marquant l’exclamation:

« Oh! J’en jure par la rougeur du couchant ».

D’autres ont proposés la traduction suivante:

(Certes, j’en jure par le crépuscule)

Un examen attentif des diverses traductions françaises du Coran révèle à quel point de graves erreurs peuvent être commises par le traducteur s’il s’en tient uniquement aux dénotations des unités lexicales et néglige leurs connotations

C’est ainsi que le verbe daraba a été complètement pris hors contexte dans le verset suivant où il fait partie de l’expression idiomatique arabe «daraba mathalan »

wadrèbe lahum mathala lhaya:ti d-dunya:

(sourate 18, verset 45)

Lorsqu’il a été traduit par «frapper un exemple» (Hamidullah) plutôt que par « donner/citer/évoquer... un exemple ».

Il va de soi que «frapper un exemple» est plutôt risible en français!.

 

 

Un exemple de paires de verbes causatifs Il s’agit notamment de nazzala (faire descendre successivement) et ‘anzala (faire descendre ou révéler), deux verbes causatifs dérivés de nazala, l’un par un procédé de redoublement de la consonne médiane,

Ainsi, nazzala signifie ‘révéler à plusieurs reprises’,

(litt. ‘faire descendre’ + une valeur répétitive),

Alors que ‘anzala signifie ‘révéler’ tout court

(litt. ‘faire descendre en une seule fois’).

Le contexte le confirme: dans le verset 3 de la sourate de LA FAMILLE DE ‘IMRAN, ‘anazala est employé pour parler de la révélation de la Torah et de l’Evangile qui s’est produite respectivement en un seul temps alors que nazzala correspond mieux à la révélation du Coran faite à plusieurs reprises et sur une période de temps bien étendue :

Nazzala ‘alayka l-kitâba bi l-Haqqi muSaddiqan limâ bayna yadayhi

Il a fait descendre sur toi le livre dans le droit confirmant ce qui entre ses mains

wa ’anzala t-tawrâta wa l-injîla min qablu hudan li l-nâssi

et a fait descendre la Thora et l’Evangile auparavant guidance aux hommes

wa ’anzala l-furqâna

et a fait descendre le Discernement

Notons également le verset suivant (Sourate 97, verset 4) où apparaît le même verbe tanazzalu doté, comme nazzala de la morphologie causative, et conjugué à l’inaccompli de l’indicatif:

Tanazzalu l-malâ’ikatu wa rrûHu fîhâ bi ’idhni rabbihem min kulli ’amr

Font descente les anges et l’esprit en elle avec la permission de leur Seigneur

(Cette nuit-là, avec la permission de Dieu, les anges descendent sur terre avec l’esprit qui vivifie toute chose

Tout comme nazzala, l’aoriste tanazzalu (faire descente) vise ici une valeur répétitive.

En voici un autre exemple d’erreur par manque de clarté du sens exprimé pris sur la traduction de deux versets de la sourate 24 qui se suivent :

V 30: /qol lil mouminina yaghodhou min absarihim wa yahfadhou fouroujahom/

V 31: /waqol lil mouminati yaghdhodhna min absarihinna wa yahfadhna fouroujahonna/

«Dis aux croyants de tenir leurs yeux pudiquement baissés. » «Dis de même aux croyantes de baisser non moins pudiquement leurs regards. »

mohsanatou est un terme qui désigne les femmes chastes et mariées. c’est-à-dire sans explication, il ne peut être compris par un lecteur ignorant la langue arabe.

V 23: inna alladhina yarmouna al muhsanati al ghafilati al mouminati louinou fiddounya wal a khira :

«Que ceux qui visent [en leur honneur] les muhsana insoucieuses [mais] croyantes soient maudits en la [vie] immédiate et dernière. »

Traduit respectivement par «femmes […] fortes de leur vertu», « femmes vertueuses » et « femmes chastes ».

Un exemple d’erreur par ambiguïté du sens exprimé :

V 31 : waqol lilmouminati… la yobdina zinatahonna illa liboulatihinna aw… abai boulatihinna

Ce verset traduit comme suit :

« Dis de même aux croyantes qu’elles veillent à ne pas étaler leurs ornements sauf devant leurs époux… leurs beaux-pères… 

L’expression arabe abai boulatihinna est sans aucune ambiguïté. Elle ne signifie que « Les pères de leurs maris ».

Or, la traduction par «beaux-pères», n’est pas claire. Que doit comprendre, en effet, le lecteur français : la femme peut étaler ses ornements devant le père de son mari, ou bien devant le mari de sa mère ?

«Beaupère» ne désigne-t-il pas, en effet, ces deux hommes à la fois en français ?

Le contexte de la traduction montre clairement qu’il s’agit des « pères des maris ».

Ce ne sont là que des échantillons qui sont loin d’être très représentatifs des spécificités stylistiques de chacune des traductions.

Les critères de fidélité en traduction diffèrent, d’après ces quelques échantillons, d’un traducteur à l’autre selon qu’ils optent pour la fidélité à la langue de départ

Toutefois, et sans prétendre à la hauteur stylistique du Coran, réputé inimitable, le Coran traduit soulève à l’évidence, la question de la qualité, de la fiabilité ou de la fidélité d’une traduction. Certes, la fidélité est un critère complexe avec les traductions littérales

Outre ce souci sémantique, les traducteurs du Coran n’ont pas suivi la même démarche linguistique, ils doivent à mon sens se fixer l’objectif de préparer le lecteur non musulman et non arabophone à recevoir un texte qui non seulement n’est pas authentique, il n’est qu’une version humaine, créée d’un texte divin incréé, dont il est également impossible de cerner et de traduire tous les sens, quelles que soient les compétences de l’exégète et du traducteur.

L’imitation par la littéralité, donnerait-elle une idée de la beauté du texte coranique ? Bien au contraire !

La notion de beauté du texte coranique est elle réfléchie dans une imitation par la littéralité ?

Certainement pas !!!!!

La lecture du Corân peut très certainement « ouvrir » beaucoup de choses, mais, bien entendu, à la condition d’être faite dans le texte arabe et non pas dans des traductions.  (René Guénon, lettre à L.C. d’Amiens Le Caire, 26 juin 1937)

 

 

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