La disputation de Barcelone

Publié le par Kader

La disputation de Barcelone ou dispute de Barcelone est une disputatio entre juifs et chrétiens à propos de la venue du Messie et sa nature. Elle a lieu à Barcelone entre le 20 et le 24 juillet 1263, à l'initiative de Raymond de Penafort et en présence du roi Jacques Ier d'Aragon. Elle oppose Rabbi Moshe ben Nahman de Gérone (Nahmanide), l'une des plus hautes autorités du judaïsme espagnol, et le dominicain Pablo Christiani, juif converti au christianisme, durant quatre jours au cours desquels va se dévoiler l'endroit de la rupture entre judaïsme et christianisme.
C’est à l’occasion de l’une de ces tentatives de s’opposer aux Juifs qu’ils se convertissent au christianisme qu’est devenu célèbre Nahmanide, le grand cabbaliste et l’érudit bien connu en Torah et en Talmud. 
Nahmanide, Rabbi Moché ben Na‘hman, mieux connu sous le sigle de Ramban est né à Barcelone en 1194. Il est devenu le défenseur des Juifs dans la grande « Disputation » de 1263 – le plus célèbre des débats au cours desquels les Chrétiens s’efforçaient de prouver aux Juifs, afin d’obtenir qu’ils se convertissent, que leur religion était fausse. 
Les Juifs essayaient de fuire ces débats comme la peste. Chaque « disputation » était un combat dont ils ne pouvaient sortir vainqueurs, car il ne leur était pas permis d’émettre la moindre critique à l’encontre du christianisme. Autrement dit, c’était pour eux perdu d’avance. 
En 1263, un débat fut organisé en Espagne devant le roi d’Aragon, Jacques Ier le Conquérant, au cours duquel Nahmanide obtint la permission royale de parler en toute liberté. Il tira tout l’avantage possible de cette autorisation et ne mâcha pas ses mots. 
Son adversaire était un Juif qui était passé au christianisme, Pablo Christiani, nom qu’il avait adopté après sa conversion. Comme nous le verrons plus loin dans l’histoire, il y n’a jamais eu pires antisémites que les Juifs qui essayaient d’être plus chrétiens que les Chrétiens. En fait, c’est Pablo qui tenait à affronter le grand érudit dans ce débat, un peu comme si un professeur de physique dans un collège avait voulu affronter Einstein. Comme elle se rendait compte que Pablo pourrait avoir besoin d’aide, l’Eglise lui procura le soutien des généraux des ordres des Dominicains et des Franciscains, qu’elle désigna pour l’assister. Mais même eux ne purent surclasser Nahmanide. 
Le débat a tourné autour de trois questions : 
Est ce que le Messie est venu, comme le disent les Chrétiens, ou doit il encore venir, comme le soutiennent les Juifs ? 
Est ce que le Messie est divin, comme le prétendent les Chrétiens, ou humain, comme l’allèguent les Juifs ? 
Est ce que ce sont les Juifs qui obéissent à la vraie loi, ou les Chrétiens ? 
Nahmanide répondit que si le Messie était venu, les prophéties bibliques relatives à sa venue se seraient réalisées. Puisque le lion ne reposait pas avec l’agneau et que la paix ne régnait pas sur la planète, il est clair que le Messie n’était pas venu. 
De fait, nota Nahmanide, « depuis que Jésus est venu et jusqu’à maintenant, le monde a été rempli de violence et d’injustice, et les Chrétiens ont répandu plus de sang que les autres peuples ». 
Quant à la divinité de Jésus, Nahmanide souligna qu’il était impossible à un Juif de croire que « le Créateur du ciel et de la terre ait recouru à la matrice d’une femme juive… dont serait né un nourrisson… qui aurait été trahi et livré aux mains de ses ennemis et condamné à mort… L’esprit du Juif, ou de toute autre personne, ne peut tolérer cela ». 
L’Eglise ordonna que Nahmanide soit traduit en justice sous l’accusation de blasphème, et il fut forcé de quitter l’Espagne.A la fin du débat, qui fut interrompu pour permettre à l’Eglise de minimiser les dégâts, le roi dit : « Je n’ai jamais vu un homme soutenir aussi bien une cause aussi fausse »,
Pablo Christiani obtiendra, quant à lui, le droit du pape de confisquer des exemplaires du Talmud et de contraindre les Juifs à le laisser rentrer dans les Synagogues et à écouter ses diatribes.
Il y publie son commentaire sur le ‘Houmach, commencé en Espagne. 
Il écrit alors : Je suis l’homme qui vit l’affliction. Je suis banni de ma table, éloigné de mes amis et de mes parents, et il y a trop de distance pour se revoir [...] Mais la perte de tout ce dont mes yeux se réjouissaient est compensée par ma joie présente d’avoir passé une journée dans tes ruelles, ô Jérusalem [...] où il m’est accordé de caresser tes pierres, de frôler ta poussière et de pleurer sur tes ruines. Je pleure amèrement, mais je trouve la joie dans mon cœur. Je déchire mes vêtements, mais j’y trouve du réconfort.

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